Introduction - Rôle des émotions en économie

Qu'est ce qu'une émotion ?

Il existe de nombreuses définitions de l'émotion dans les différentes disciplines qui s'intéressent à ce phénomène. En psychologie, on considère qu'elle se traduit généralement comme une réaction psychologique et physique à un stimulus. Ce stimulus peut être externe, ou être déclenché par ses propres états mentaux.

Ce qui semble caractériser les émotions, c'est leur nature transitoire. Elles sont généralement de courte durée, même si elles peuvent se muer en quelque chose de plus long, appelée une « humeur » si la cause de l'émotion dure dans le temps. Les émotions peuvent également marquer la mémoire, notamment si elles sont intenses. Elles peuvent se traduire par un comportement, par exemple un comportement agressif dans le cas de la colère.

Certaines émotions forment les émotions dites « de base ». Elle sont six d'après le neurologue Damasio (1994) : bonheur (ou joie), tristesse, peur, colère, dégoût et surprise. Mais Plutchnik en distingue huit, se regroupant en 4 paires contenant à chaque fois les deux émotions opposées : joie/tristesse, acceptation/dégoût, colère/peur, surprise/anticipation. Les autres émotions viendraient de mélange entre ces émotions de bases, et de leurs variations d'intensité. D'après Damasio les émotions joueraient un rôle important dans le raisonnement et la prise de décision.

Les émotions ont initialement été peu étudiées de façon expérimentale, à cause notamment de la difficulté à les induire en laboratoire dans le cadre d'une expérience. Se pose également le problème de l'éthique : peut-on susciter des réactions émotionnelles, telles que de la peur, de la colère ou encore de la tristesse dans un cadre expérimental ? À partir du 19ème siècle, des approches théoriques ont cependant été proposées.

  • La théorie de James et Lange (1884) [11] :
  • James et Lange proposent une théorie périphériste des émotions : les stimuli émotionnels engendrent des changements corporels, et c'est la perception des ces changements qui induit l'émotion. L’émotion est donc la conséquence de symptômes corporels, et non l’inverse. “Notre coeur bat plus vite, nous transpirons, donc nous avons peur.”
    Cette théorie peut étonner de prime abord. Pourtant des expériences ont été menées, sur lesquels les chercheurs se sont appuyés : par exemple, tenir un crayon entre ses dents oblige à activer les zones zygomatiques, et suscite des émotions positives. De la même manière, tenir un crayon entre ses lèvres active les muscles Platysma, et suscite des émotions négatives, [20]. Néanmoins cette théorie reste contestée, et moins utilisée aujourd'hui pour décrire les émotions. Cette théorie est dite périphériste car on considère que ce sont les événements physiologiques périphériques qui permettent la naissance des émotions.
    La théorie périphériste s’oppose à la théorie centraliste, soutenue par Walter Cannon et Philip Bard.

  • La théorie de Cannon et Bard (1920-1930) :
  • Cannon et Bard réfutent la théorie périphériste principalement pour deux raisons : deux réactions corporelles peuvent être similaires pour deux émotions différentes, et les personnes incapables de mouvement peuvent ressentir des émotions [2].
    Cannon et Bard proposent que l’expression des émotions (les modifications corporelles) et la perception des émotions surviennent (quasi-)simultanément. En effet, ils soutiennent que ces deux aspects des émotions sont des entités indépendantes qui sont déclenchées par une zone spécifique du cerveau, le thalamus [15].
    On appelle cette théorie centraliste car elle considère que les émotions seraient produites par le cerveau.

  • La théorie de Schachter et Singer :
  • Schachter et Singer proposent une théorie cognitiviste des émotions. Les individus interprètent leurs réaction corporelles en fonction de leur expérience, et du contexte. D’où la possibilité d’émotions différentes pour une même réaction corporelle.
    Une expérience célèbre illustrant cette théorie est celle du pont suspendu de Dutton et Aron (1974) : une enquêtrice fait passer un questionnaire à deux groupes d’hommes, et leur laisse son numéro de téléphone à la fin pour qu’ils puissent la recontacter pour obtenir les résultats. Le premier groupe passait le questionnaire dans un lieu neutre, tandis que le deuxième le passait sur un pont suspendu vertigineux. Les résultats montrent que les hommes qui ont passé le questionnaire sur le pont sont plus nombreux à rappeler l'enquêtrice, que ceux ayant passé le questionnaire dans un lieu neutre. L’interprétation est la suivante : être sur le pont suspendu active une modification physiologique chez les individus, qu’ils attribuent (artificiellement) à la présence de l'enquêtrice.

Définition et importance de la rationalité économique

La rationalité économique est une hypothèse selon laquelle les individus chercheraient à maximiser la satisfaction de leurs besoins. Dans le cadre de la négociation par exemple, chaque individu cherche à maximiser son profit, et minimiser ses coûts. Dans La rationalité, (Idées économiques et sociales n°165), un comportement est défini comme rationnel lorsqu'il est fondé sur une comparaison entre les moyens à la disposition de l'agent et les fins qu'il cherche à atteindre.
D'après l'article de Zizzo, Anger and economic rationality [5], il y a deux sortes de rationalité économique : une rationalité déontologique et une rationalité conséquentialiste. Lorsqu’elle est définie selon le principe déontologique, la rationalité des choix et des actions d’un individu est évaluée en fonction des règles, des principes, qui ont été suivis pour atteindre un objectif. Par opposition, lorsque la rationalité est définie selon le principe conséquentialiste, alors elle est évaluée en fonction des conséquences des actions d’un individu, en se souciant davantage des objectifs que des actions qui ont été menées pour les atteindre.
En général, la rationalité économique est plutôt fondée sur un point de vue conséquentialiste. On évalue les conséquences d'une action en fonction de l'utilité qu'elles apportent. Mais il existe différents points de vue de la rationalité. En effet, il y a une différence entre ce qui optimal du point de vue de la rationalité, et ce qui est satisfaisant pour une personne.

Mais l’hypothèse de la rationalité économique peut paraître incomplète lorsque l’on prend en compte la dimension cognitive des individus. En effet, les états émotionnels rentrent en compte dans les prises de décisions des individus, leurs faisant parfois faire des choix ne suivant pas des principes rationnels. Par exemple, faire des études qui permettent d’avoir un métier sûr ensuite est un choix rationnel, mais on peut décider de choisir une voie moins assurée parce qu’elle nous plaît davantage.

Pourquoi se poser la question des émotions en économie ?

La question des émotions et affects en économie permet de comprendre des problèmes qui ne sont pas résolus par la seule hypothèse de rationalité. C'est le cas par exemple du jeu de l'ultimatum, où les résultats théoriques partant de l'hypothèse de rationalité ne correspondent pas aux résultats expérimentaux.
D'après Delphine Van Hoorebeke [8], la rapidité de notre cerveau à faire des choix implique qu'il soit orienté par l'émotion. Il n'est pas capable d'évaluer tous les choix possibles, et toutes leurs conséquences. Il y a donc un tri des choix possible, orienté par notre émotion.